Les graines voyagent…


Les végétaux n’ont pas de jambes (“quoique…” dirait Francis Hallé), mais ils savent utiliser les animaux depuis bien plus longtemps que l’humain ne soit apparu sur Terre.

Les plantes cultivées ont su nourrir, séduire et soigner les premiers simiens, puis les premiers hominidés. En accordant leurs besoins l’un à l’autre, les plantes et les humains ont réussi à prospérer de concert, on parle de co-évolution.

Les graines voyagent

Il existe assez peu d’études sociologiques sur les semences. Les jardiniers amateurs qui récoltent leurs semences le font le plus souvent dans l’intimité de leur jardin, une activité qui invite à la méditation et au recueillement.

La célébration des semences

Certains peuples traditionnels célèbrent chaque année la récolte de semences où ils remercient la terre-mère, les astres, l’eau, le vent et les insectes. Ce rituel, au delà de la prise de conscience symbolique (le symbolique rassemble, à l’inverse du diabolique qui divise), est également un acte de partage entre les différents cultivateurs d’un groupe, au cours duquel les graines sont mélangées et redistribuées. Un peu à la manière des mariages entre villages, la diversité et ainsi constamment recombinée. Tout l’inverse d’une monoculture !

Une fois redistribuée, les graines s’échangent, s’acclimatent, se propagent.

Les voyages d’autrefois

Les long des routes commerciales, les échanges entre les peuples ont propagé les légumes et es plantes cultivées (ou sauvages !) depuis la nuit des temps, faisant fis des frontières et des cultures. Un exemple frappant est d’observer l’étymologie des mots. L’abricotier est parvenu en France en ayant effectué tout le tour de la Méditerranée par les Sud depuis l’épithète praikókion en grec, devenu ʾāl-barqwq en arabe, puis albercoc en catalan.

Les “grandes expéditions” depuis le 15ème siècle, la route de la soie et celles des épices, puis le commerce triangulaire, ont permis aux plantes de parcourir de nombreux aller-retours à travers le monde, s’acclimatant toujours plus loin de leur écosystème d’origine, prenant des formes différentes au gré des cultures et des usages. Par exemple les courges “japonaises” de type ‘potimarron‘ sont originaire du Brésil (caractéristique des potirons de la sous-espèces andine aux graines épaisses et de couleur ocre -type Hubbard-, contrairement aux potirons des grands lacs aux graines plates et blanches) et ont été apporté au Japon au XVIème siècle par les Portugais. Le Japon devait ensuite se refermer pour deux siècles, laissant les courges subir un isolement évolutif sélectionnées par les japonais en adéquation à leurs usages et leurs goûts.

Les voyages d’aujourd’hui

Les explorations botaniques du XVIIIème siècle ont lancé un immense engouement horticole, entraînant des échanges de plantes à l’échelle mondiale. Les travaux de sélection des variétés agricoles et ornementales au XXème siècle ont organisées à l’échelon industriel ces mouvements amateurs, au point qu’on en vient à reprocher une trop grande uniformisation des culture.

Pourtant, dans le domaine des graines potagères et des arbres fruitiers, les échanges entre passionnés et amateurs sont constants. Ils ont lieu au sein de réseau locaux et internationaux qui redistribuent en permanence l’information et des souches végétales anciennes ou au contraire très récentes, de proche en proche, avec une rapidité parfois déconcertante.

Internet a permis d’accélérer et de diversifier les échanges qui existaient autrefois par courrier. Les groupes de préservation de la biodiversité sont en lien permanents les uns avec les autres.

On s’aperçoit ainsi que les lignées successives d’une même plante effectuent parfois des aller-retour d’un côté à l’autre de l’Atlantique, ou qu’un paquet de graine puisse être distribué tout au long d’un voyage (voir à ce sujet : La voix du Vent, Le pèlerinage de la Graine, et autres initiatives similaires qui semblent attirer un jeunesse “en quête de sens”).

Les échanges atlantiques

Liées par leur histoire, les continents américain et européen sont liés par leur culture gastronomique. L’essor d’une nouvelle diversification (voir l’article sur les populations dynamiques) entraînent parmi les développeurs de semences paysannes une recherche de souches traditionnelles diversifiées de tous horizons.

Adaptative Seeds, une petite ferme semencières dans l’Oregon, a ainsi collecté 17 variété de chou kale dans le monde entier afin de les croiser et de leur faire subir un sélection par le froid (des hivers où les -25°C sont courants).

 

 

 

 

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